Dépolluer les sols, la grande priorité
« Ne pas reléguer le problème de la chlordécone aux oubliettes! » . Les deux rapporteurs de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), Jean-Yves Déaut et Catherine Procaccia, entrent en force dans le débat, après presque un an et demi de travail. L'OPECST, qui fait intervenir pour ses missions des sénateurs comme des députés, produit souvent des rapports de qualité, particulièrement au niveau scientifique.
La première crainte des rapporteurs, concernant la chlordécone, est que, face aux urgences sociales, le dossier soit moins bien pris en compte, non seulement par les autorités, mais aussi par la population. « La banalisation du risque est un des dangers qu'il faut à tout prix éviter » , notent-ils. Ils appellent donc « à la poursuite du plan chlordécone » au-delà de 2010, date à laquelle le plan actuel arrive théoriquement à terme. La pollution, elle, n'est pas sur le point d'arriver à échéance. Certains sols seront certainement pollués durant encore sept siècles!
Autre proposition forte : l'appel à une recherche concertée sur une possible remédiation (dépollution) des sols, qui doit être « une grande priorité » , confie Jean-Yves Le Déaut. Le député de Lorraine est devenu, par la force des choses, un grand connaisseur des pollutions industrielles, car son département, la Meurthe-et-Moselle, est particulièrement concerné.
Phytoremédiation (par les plantes), remédiation physico-chimique, bioremédiation, toutes les pistes doivent être explorées. En outre, le décapage des sols sur une fine couche n'est pas à exclure, selon les rapporteurs.
Le rapport préconise aussi une « mise à niveau de l'équipement environnemental » des deux îles : centre de destruction des déchets ultimes et installation d'un pôle de toxicologie et d'écotoxicologie consacré aux polluants organiques persistants, par exemple. Bien sûr, il serait aussi nécessaire de mettre au point des analyses « plus rapides, moins coûteuses » , plus fiables, et localisées aux Antilles. Ce que le Laboratoire départemental d'hygiène s'évertue à mettre en place depuis plusieurs années, en attendant toujours l'accréditation, qui devrait intervenir en 2010 seulement.
Les membres de l'OPECST s'inquiètent aussi des milieux marins, des pêcheurs et des aquaculteurs. Ils condamnent en particulier l'ouverture d'un « parapluie réglementaire » trop important. Sous-entendu, les Limites maximales de résidus (LMR) ne doivent pas être trop basses (elles sont actuellement en dessous de ce que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments préconise). « Il est facile d'abaisser les limites » , note Catherine Procaccia. « Mais si c'est pour que les aquaculteurs ne puissent plus travailler et que la population mange des écrevisses d'Asie élevées aux antibiotiques, il faut reconnaître que le principe de précaution serait appliqué à l'excès. »
Enfin, les rapporteurs demandent qu'une cartographie précise des sols pollués soit élaborée, et qu'un « référentiel d'imprégnation sanguine » des populations exposées soit établi. Pour autant, ils n'anticipent pas sur les résultats des différents travaux menés actuellement concernant les impacts de la chlordécone sur la santé. Si les rapporteurs ont compris que la chlordécone représente « une grave crise environnementale » , ils attendent de connaître l'évaluation des scientifiques pour savoir si c'est aussi « une crise sanitaire » .
« Les impacts de l'utilisation de la chlordécone et des pesticides aux Antilles : bilan et perspectives d'évolution » . Rapporteurs : Jean-Yves Le Déaut, député socialiste de Meurtheet-Moselle, et Catherine Procaccia, sénateur UMP du Val-de-Marne.